Médiations thérapeutiques et psychose infantile

Médiations thérapeutiques et psychose infantile

L’originalité du cadre des médiations thérapeutiques, comme la peinture, la terre, le modelage, consiste à permettre aux enfants psychotiques d’engager un travail de figuration à partir du registre sensoriel, tant de la sensori-motricité de l’enfant que des qualités sensorielles du «médium malléable» dont la manipulation s’inscrit dans la dynamique transférentielle. L’intérêt de ces thérapies à médiation revient donc à prendre en compte le langage du corps et de la sensori-motricité comme vecteur de symbolisation. Dans ces cadres thérapeutiques à médiation, individuels ou en groupe, l’attention du clinicien se focalisera sur tout ce qui relève du registre corporel et sensoriel, par exemple sur la façon dont l’enfant va mettre en jeu le registre mimo-gestuo-postural ou procéder au choix des instruments, des supports et des techniques pour le travail de sa production. Autrement dit, le clinicien doit opérer une extension de sa capacité d’écoute à la prise en compte du langage sensori-moteur. La rencontre avec le medium malléable va activer chez l’enfant psychotique des expériences primitives qui n’ont jamais pu être mises en images ou en mots, des éprouvés à la fois corporels et psychiques impensables, souvent de l’ordre des agonies primitives (Winnicott). Celles-ci se manifestent sous la forme de sensations hallucinées, en lien avec des traces perceptives d’expériences sensorielles archaïques, qui vont s’actualiser à partir des sensations procurées par la matérialité du medium. Un des enjeux principaux des médiations thérapeutiques consiste donc à pouvoir faire advenir à la figuration des expériences primitives non symbolisées, d’ordre sensori-affectivo-moteur. Il s’agit donc là, selon un concept de R. Roussillon, de restaurer le processus de symbolisation primaire, particulièrement défaillant dans la psychose, qui consiste à lier une trace mnésique perceptive à une représentation de chose. Le travail du médium va ainsi susciter des messages visuels, corporels, mimo-gestuo-posturaux, qui vont pouvoir prendre sens dans les interrelations au sein de l’atelier thérapeutique à médiation. Il s’agit de rendre signifiants, dans la restauration de la relation primaire à l’objet, les mouvements, les sensations, les vécus corporels d’ordre cénesthésique, kinesthésique, mimo- gestuo-postural, de donner une valeur de message aux éprouvés de l’enfant, notamment par le partage d’affects, et de les doter d’un sens partageable avec les thérapeutes et le groupe, processus au cours duquel les sensations pourront progressivement se transformer en émotions. Le travail thérapeutique au sein de cadres-dispositifs à médiation amorcera ainsi un accès à la figurabilité, par un processus de passage du registre sensori-moteur au figurable.

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